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La Dengue : Comment la diagnostiquer et mieux se prémunir ?

16. 11. 08

Depuis quelques semaines, le Burkina Faso connait une montée de cas probables de la Dengue (présence de signes cliniques et diagnostic positif au test rapide), notamment dans la ville de Ouagadougou, créant ainsi une psychose généralisée. Pour éclairer la lanterne des citoyens et rassurer la population, nous avons interviewé deux chercheurs du Centre MURAZ (institut de recherche par excellence en santé publique au Burkina Faso) le Dr Seydou YARO médecin épidémiologique et investigateur principal du projet DVI Dengue et le Dr Dramane KANIA pharmacien virologue. Nous vous livrons ci-dessous le contenu.

 

Question 1 : Qu’es ce que la Dengue ?

 

La Dengue est causée par un virus de la famille des Flavivirudae appelé Virus de la Dengue ou Dengue Virus (DENV). Elle est transmise à l’homme par des piqures de moustiques femelles infectées du genre Aedes (principalement Aedes Aegypti et Aedes Albopictus). Il existe 4 sérotypes de virus de la maladie qui sont décrits et nommés DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4. En effet, la guérison entraîne une immunité à vie contre le sérotype à l’origine de l’infection. Pour le moment, il n’existe aucune protection croisée (pas d’immunité naturelle entre les types de virus) et les co-infections de sérotypes et les réinfections par d’autres sérotypes exposent aux risques de forme grave de la maladie. 

 

Question 2 : quels sont les signes cliniques, d’alertes de la Dengue ?

Les virus de la dengue provoquent une infection symptomatique ou asymptomatique (avec ou sans signes cliniques) qui est une maladie systémique et dynamique. En général, elle  évolue sous deux modes que sont la « Dengue classique » ou dengue fébrile et la « Dengue hémorragique ».

La dengue classique ou fébrile commence avec l’apparition brutale d’une forte fièvre. Cette phase dure habituellement 2 à 7 jours et s’accompagne souvent de rougeurs du visage, d’un érythème, de douleurs corporelles généralisées, de myalgie, d’arthralgie, de douleurs oculaires rétro-orbitaires, de photophobie, d’un exanthème rubéoliforme ou de céphalées. L’anorexie, les nausées et les vomissements peuvent être souvent observés.

Au début cette phase de fièvre, il est difficile de différencier la dengue des autres maladies fébriles (paludisme entre autres). La positivité du signe du lacet ou du test du tourniquet pendant cette phase augmente la probabilité que la maladie présente soit la dengue. Les malades qui n’auront pas subi d’augmentation de leur perméabilité capillaire verront leur état s’améliorer sans passer par la phase critique.

La dengue hémorragique quant à elle, est souvent accompagnée de signe de choc. La dengue hémorragique sans signe de choc est caractérisée par les éléments de la dengue classique associés à des signes d’alerte. A ce niveau, au lieu que la maladie progresse vers un rétablissement avec la baisse de la fièvre, les malades dont la perméabilité capillaire a augmenté sont susceptibles de présenter des signes d’alerte qui résulteront principalement d’une fuite plasmatique (épanchement pleural, péritonéal, péricardique..).  

Par ailleurs, celle présentant des signes de choc est la forme la plus sévère de la dengue dont le pronostic vital est réservé. Cette forme est caractérisée par les signes précédemment décrits avec un ou plusieurs des signes de choc que sont la fuite plasmatique sévère conduisant à un état de choc (état de choc dû à la dengue) et/ou accumulation liquidienne accompagnée d’une détresse respiratoire ; l’hémorragie sévère et la défaillance organique sévère (anurie, hépatite…).

Question 3 : quand et comment se manifeste la phase de convalescence de la Dengue ?

S’agissant de la phase de convalescence, lorsque le malade survit aux 24 - 48 heures que dure la phase critique, une réabsorption progressive des liquides présents dans le milieu extravasculaire se produit dans les 48 - 72 heures suivantes. Le bien-être général s’améliore, l’appétit revient, les symptômes gastro-intestinaux régressent, l’état hémodynamique se stabilise et on note une reprise de la diurèse.

Question 4 : comment diagnostiquer la Dengue ?

Le diagnostic de la Dengue se fait essentiellement par les méthodes biologiques qui permettent de détecter (i) l’antigène NS1 et les anticorps (IgM, IgG) par les Tests de diagnostics rapides (TDR) ou par la technique ELISA, (ii) le génome du virus (ARN) par biologie moléculaire, notamment la RT-PCR et (iii) le virus même par la culture.

Le choix de l’une des méthodes est fonction de la cinétique d’apparition des marqueurs. D’où le caractère compliqué du diagnostic de confirmation ou de certitude la maladie qui nécessite un recours à un laboratoire disposant des moyens techniques et des ressources humaines compétentes.  

Question 5 : comment se fait la prise en charge de la Dengue ?

Il n’existe aucun traitement, ni de vaccin spécifique contre la Dengue à l’heure actuelle.

La prise en charge de la dengue est intimement liée à la phase clinique dans laquelle se trouve le patient. Toutefois, dans sa phase classique ou fébrile, la prise en charge consiste essentiellement au repos absolu et l’utilisation du paracétamol pour faire baisser la fièvre et calmer les douleurs. Il est donc conseillé au patient de boire beaucoup d’eau. En outre, concernant la phase hémorragique, la prise en charge est fonction des signes d’alertes et de l’état de choc et doit se faire dans un milieu hospitalier doté de laboratoire pour les examens de suivi comme l’hémogramme.

Cependant, il est absolument important de préserver les fonctions vitales du patient. A cela, il est conseillé de faire des perfusions soit de solutions salines à 0,9% ou du Ringer lactate. Il faut évaluer biologiquement l’évolution et ajuster la conduite à tenir en conséquence. Cette évolution peut conduire à la nécessiter de perfuser des solutions de cristalloïdes, voir à la perfusion de concentrées plaquettaires, à la perfusion de sang ; tout cela associé ou non à la réanimation du patient.

Question 6 : quelles sont les méthodes de prévention contre la Dengue ?

En terme de prévention individuelle contre la maladie, il est conseillé d’éviter les piqures du moustique vecteur de la dengue en dormant sous une moustiquaire imprégnée d’insecticides (MILDA), en utilisant des crèmes répulsives surtout le jour, en utilisant des insecticides et en portant des vêtements longs.

 

Pour une action beaucoup plus collective pour faire face à la maladie, il faut lutter contre la pullulation de moustiques, recommandée à travers l’assainissement de l’environnement, l’élimination des réserves d’eaux stagnantes (bidons, bouteilles, canettes, pneus, canaris….), couvrir les récipients de stockage d’eau et avoir recourt à une pulvérisation spatiale intra et extra domiciliaire.

Question 7 : quel rôle joue le Centre MURAZ dans lutte contre la Dengue ?

Le Centre MURAZ joue un rôle central dans le dispositif national de lutte contre les fièvres hémorragiques virales dont la Dengue. En effet, depuis août 2014, le Centre MURAZ a été désigné par le Ministère de la Santé par l’arrêté n°2014_653/MS/CAB du 08/08/2014 comme Laboratoire National de Référence pour les fièvres Hémorragiques Virales (LNR-FHV).

Entre autres actions, le Centre MURAZ, de concert avec ses partenaires (DVI de Seoul, l’Université de Montréal, les ONGs AGIR et EQUITE) mène depuis décembre 2014, une étude d’évaluation du fardeau de la Dengue parmi les patients souffrant de fièvre et qui ont recours aux formations sanitaires pour des soins dans la ville de Ouagadougou. Cette étude prend en compte les volets surveillance passive dans 5 CSPS de la ville de Ouagadougou, la séroprévalence en communauté dans les aires de santé des CSPS site du projet, l’évaluation du coût de la maladie pour les patients détectés positifs et les enquêtes entomologiques sur les vecteurs de la maladie. Les résultats préliminaires de cette étude montrent à travers la surveillance passive une proportion de cas probables de Dengue d’environ 5% parmi les patients fébriles. Les enquêtes de séroprévalences montrent sur environ 3000 personnes prélevées une prévalence de portage des anticorps IgG contre la dengue de l’ordre de 65%. Les IgG étant d’apparition tardive montrent que les porteurs ont au moins été en contact avec le virus à un moment donné (infection en phase tardive ; infection ancienne guérie).

 

En définitive, la dengue est une infection virale dont les signes ressemblent à ceux de nombreuses autres infections, telles que le paludisme. La place des différents tests biologiques pour le diagnostic de la dengue dans une région géographique donnée doit s’envisager en fonction de la situation épidémiologique, de la situation clinique et de la disponibilité des tests.

 

Centre MURAZ de Bobo-Dioulasso, institut de Recherche, de Formation et d'Expertise.